Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/194

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EDWIGE.

Oui… à voix basse… oui… je vous écoute… Là… ne vous fatiguez pas… Tout ce que vous voudrez !… Je ne comprends pas pourquoi on a ouvert ma cage tout à coup… pourquoi je suis ici… à vos côtés… moi qui croyais ne jamais vous revoir ! Mais je vais surmonter l’épouvante de vous retrouver ainsi… Oh ! cet homme a osé !… Dieu, que je le hais !… Oui, je divague, je sais… Ne vous tourmentez pas… je serai sage… j’écoute les mains jointes… là, là… Alors, vous voulez… quoi… quoi ?… C’est là, n’est-ce pas ?… En dessous du bras ?… C’est douloureux, dites ?


BOUGUET.

Écoute. Ce que je ne peux pas avouer à ma femme, à toi, mon enfant, je le puis… Je crois que je suis extrêmement atteint… Je suis peut-être perdu.


EDWIGE.

Qu’est-ce là ?…


BOUGUET.

Regarde ce mouchoir. (Il sort du coussin le mouchoir qu’il y a caché tout à l’heure.) Je l’ai caché à tout le monde parce qu’on m’aurait interdit de parler à ceux qui doivent m’écouter, et ça… jamais ! jamais !… Plutôt la mort… Cette tache de sang, c’est le signe certain que la balle loge dans le poumon… Je peux m’en tirer, seulement, c’est… très grave.


EDWIGE, (perdant la tête.)

Mais il faut appeler… Il faut appeler… Il faut vous sauver… Mon Dieu, que dites-vous là ? Mais c’est effrayant !

(Elle se lève pour se précipiter vers la porte.)