Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/384

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dépêche ou des nouvelles de vos enfants sans que vous pleuriez.


FRÉDÉRIQUE.

Vous voyez bien… tout arrive ! (Comme elle a défait le paquet de fleurs et qu’elle les arrange dans le vase, il passe derrière elle et, brusquement, la saisit. D’un mouvement habile il la fait avancer vers le lit. Elle le repousse légèrement avec effroi et pudeur.) Oui, oui, je suis à vous, Julien ! Je vous demande simplement, pour la vieille et honnête femme que je suis, de ne froisser aucune pudeur en moi… Une ancienne vertu qui s’écroule exige tant de ménagements !… Il faut que ce soir j’aie l’impression que c’est un soir comme les autres. (La demie sonne.) Le timbre de l’horloge de votre village !… Comme il est sympathique et doux !… Oui, oui, en vérité, c’est un soir comme les autres !… Julien, retirez-vous quelques instants encore dans ce brave salon que j’ai entrevu… avec ses housses et son odeur de moisi… Vous ouvrirez un livre et attendrez sagement que cette horloge ait sonné l’heure prochaine. Julien, quelque chose de nous va mourir aujourd’hui !… Donnez-moi votre front que je vous embrasse gravement, comme si la tendresse allait finir ! (Elle l’embrasse sur le front. Mais du front la bouche glisse jusqu’à la bouche, et c’est alors une grande étreinte réciproque et passionnée, — un long et défaillant baiser ; on devine que c’est le premier de cette sorte qu’ils échangent. Puis elle se détache, haletante, et murmure.) Allez, allez… mais… j’ai votre promesse… d’ouvrir le piano que j’ai vu dans un coin du salon… J’entendrai bien si vous jouez…


JULIEN, (gaminement.)

Oh ! la tristesse, ce que vous me demandez là,