Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/68

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



BOUGUET.

Enfin, crois-tu, comme nous tous d’ailleurs, à un amour durable, fondé, profond ?


EDWIGE.

Je le crois, oui… peut-être… mais cela n’a aucune importance, car, grâce à Dieu, ce mariage est impossible. Le voudrait-il, le voudriez-vous, une chose vous empêcherait de triompher.


BOUGUET.

Quoi donc ?


EDWIGE.

Je l’ai dit tout à l’heure devant Madame Bouguet.


BOUGUET, (haussant les épaules.)

Ta faute ?… Baliverne ! Quelle méconnaissance du monde où nous vivons !… Si jamais un clan d’hommes a tenu peu de compte et avait le droit de tenir peu de compte de ces relativités, c’est bien le nôtre !… Et Blondel, esprit fort et sain, ne te rendra pas responsable du fait que tu aies vécu avant lui… ! Tiens, regarde autour de toi, Charlier a épousé aussi une étudiante qui n’était pas, elle, de la première fraîcheur. Hermann… Bref, regarde la plupart des médecins… Ils ont épousé des compagnes de métier, des sages-femmes, surtout des sages-femmes… Cette chance inespérée t’empêchera de devenir la vague employée, l’obscure besogneuse…


EDWIGE, (l’interrompant.)

Quel mépris dans toutes vos paroles ! Chaque mot que vous prononcez est une cruelle estimation de ce que j’ai été dans votre existence ! Vous arrangez mon avenir comme on arrange celui d’une lointaine cousine pauvre ! (Rageusement.)