Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/73

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mente à cet homme pendant des années, à votre meilleur ami, à votre associé… Vous trouvez ça bien, propre… J’aurai des désirs et je les cacherai…


BOUGUET, (vivement.)

Tais-toi ! Je te défends !


EDWIGE.

J’aurai des dégoûts, je les cacherai. Si, si, par exemple, il faut que vous le sachiez ! Oh ! c’est très beau de raisonner en philosophe, en homme supérieur aux choses de la terre ; mais, moi, j’en suis, de la terre, et vous allez me river à un mensonge et à une hypocrisie de tous les jours, dont je frémis, qui me révolte ! J’ai tout de même en moi quelque chose de naïf, d’impulsif, qui me fait vous crier cela !… Je suis prête à tout comme l’esclave est prête, c’est entendu, mais vous, qui allez me donner à cet homme, sachant ce que vous savez de moi et de quelle façon je vous appartiens, vous, qui allez, avec votre belle sérénité coutumière, accomplir froidement et posément cette action, comme si vous partagiez votre pain aux disciples… ah ! non ! voulez-vous que je vous dise… je trouve cela monstrueux !


BOUGUET.

Petite sotte, pauvre tête bornée ! qui ne voit pas l’avenir avec sa moisson de joie et de vérité…


EDWIGE.

De mensonge, vous voulez dire ?


BOUGUET, (frappe sur la table.)

Non, non, de vérité !


EDWIGE.

Comment pouvez-vous prononcer ce mot, vous qui allez frustrer votre ami, vous qui allez…