Page:Baudelaire - Curiosités esthétiques 1868.djvu/162

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trait d’un esprit. M. Granier de Cassagnac est beaucoup plus laid, ou, si l’on veut, beaucoup plus beau. D’abord le nez est plus large, et la bouche, mobile et irritable, est d’une malice et d’une finesse que le peintre a oubliées. M. Granier de Cassagnac a l’air plus petit et plus athlétique, — jusque dans le front. Cette pose est plutôt emphatique que respirant la force véritable, qui est son caractère. Ce n’est point là cette tournure martiale et provocante avec laquelle il aborde la vie et toutes ses questions. Il suffit de l’avoir vu fulminer à la hâte ses colères, avec des soubresauts de plume et de chaise, ou simplement de les avoir lues, pour comprendre qu’il n’est pas là tout entier. Le Globe, qui fuit dans la demi-teinte, est un enfantillage, — ou bien il fallait qu’il fût en pleine lumière !

J’ai toujours eu l’idée que M. L. Boulanger eût fait un excellent graveur ; c’est un ouvrier naïf et dénué d’invention qui gagne beaucoup à travailler sur autrui. Ses tableaux romantiques sont mauvais, ses portraits sont bons, — clairs, solides, facilement et simplement peints ; et, chose singulière, ils ont souvent l’aspect des bonnes gravures faites d’après les portraits de Van Dick. Ils ont ces ombres denses et ces lumières blanches des eaux-fortes vigoureuses. Chaque fois que M. L. Boulanger a voulu s’élever plus haut, il a fait du pathos. Je crois que c’est une intelligence honnête, calme et ferme, que les louanges exagérées des poëtes ont seules pu égarer.

Que dirai-je de M. L. Cogniet, cet aimable éclectique,