Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/130

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merveilleux fouillis d’agrès, de vergues, de cordages ; chaos de brumes, de fourneaux et de fumées tire-bouchonnées ; poésie profonde et compliquée d’une vaste capitale.

On connaît les audacieuses et vastes eaux-fortes de M. Legros, qu’il vient de rassembler en un album : cérémonies de l’Église, magnifiques comme des rêves ou plutôt comme la réalité ; processions, offices nocturnes, grandeurs sacerdotales, austérités du cloître ; et ces quelques pages où Edgar Poe se trouve traduit avec une âpre et simple majesté.

C’est chez M. Cadart que M. Bonvin mettait récemment en vente un cahier d’eaux-fortes, laborieuses, fermes et minutieuses comme sa peinture.

Chez le même éditeur, M. Yonkind, le charmant et candide peintre hollandais, a déposé quelques planches auxquelles il a confié le secret de ses souvenirs et de ses rêveries, calmes comme les berges des grands fleuves et les horizons de sa noble patrie, — singulières abréviations de sa peinture, croquis que sauront lire tous les amateurs habitués à déchiffrer l’âme d’un artiste dans ses plus rapides gribouillages. Gribouillages est le terme dont se servait un peu légèrement le brave Diderot pour caractériser les eaux-fortes de Rembrandt, légèreté digne d’un moraliste qui veut disserter d’une chose tout autre que la morale.

M. Méryon, le vrai type de l’aqua-fortiste achevé, ne pouvait manquer à l’appel. Il donnera prochainement des œuvres nouvelles. M. Cadart possède encore