Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/411

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dont il représente une généralité. La manière dont Victor Hugo a conçu et bâti ce roman, et dont il a jeté dans une indéfinissable fusion, pour en faire un nouveau métal corinthien, les riches éléments consacrés généralement à des œuvres spéciales (le sens lyrique, le sens épique, le sens philosophique), confirme une fois de plus la fatalité qui l’entraîna, plus jeune, à transformer l’ancienne ode et l’ancienne tragédie, jusqu’au point, c’est-à-dire jusqu’aux poëmes et aux drames que nous connaissons.

Donc Monseigneur Bienvenu, c’est la charité hyperbolique, c’est la foi perpétuelle dans le sacrifice de soi-même, c’est la confiance absolue dans la Charité prise comme le plus parfait moyen d’enseignement. Il y a dans la peinture de ce type des notes et des touches d’une délicatesse admirable. On voit que l’auteur s’est complu dans le parachèvement de ce modèle angélique. Monseigneur Bienvenu donne tout, n’a rien à lui, et ne connaît pas d’autre plaisir que de se sacrifier lui-même, toujours, sans repos, sans regret, aux pauvres, aux faibles et même aux coupables. Courbé humblement devant le dogme, mais ne s’exerçant pas à le pénétrer, il s’est voué spécialement à la pratique de l’Évangile. « Plutôt gallican qu’ultramontain, » d’ailleurs homme de beau monde, et doué comme Socrate de la puissance de l’ironie et du bon mot. J’ai entendu raconter que, sous un des règnes précédents, un certain curé de Saint-Roch, très-prodigue de son bien pour les pauvres, et pris un matin au dépourvu par des demandes nou-