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IV

SAVANNAH-LA-MAR


À cette galerie mélancolique de peintures, vastes et mouvantes allégories de la tristesse, où je trouve (j’ignore si le lecteur qui ne les voit qu’en abrégé peut éprouver la même sensation) un charme musical autant que pittoresque, un morceau vient s’ajouter, qui peut être considéré comme le finale d’une large symphonie.

« Dieu a frappé Savannah-la-Mar, et en une nuit l’a fait descendre, avec tous ses monuments encore droits et sa population endormie, des fondations solides du rivage sur le lit de corail de l’Océan. Dieu dit : J’ai enseveli Pompéi, et je l’ai caché aux hommes pendant dix-sept siècles ; j’ensevelirai cette cité, mais je ne la cacherai pas. Elle sera pour les hommes un monument de ma mystérieuse colère, fixé pendant les générations à venir dans une lumière azurée ; car je l’enchâsserai dans le dôme cristallin de mes mers tropicales. » Et souvent dans les calmes limpides, à travers le milieu transparent des eaux, les marins qui passent aperçoivent cette ville silencieuse, qu’on dirait conservée sous une cloche, et peuvent parcourir du regard ses places, ses terrasses, compter ses portes et les clochers de ses églises : « Vaste cimetière qui fascine l’œil comme