Page:Baudelaire - Théophile Gautier, 1859.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


premier à ma mémoire ; j’en aurais pu citer vingt.

Quand on feuillette les œuvres d’un maitre puissant, toujours sûr de sa volonté et de sa main, il est difficile de choisir, tous les morceaux s’offrant à l’œil ou à la mémoire avec un égal caractère de précision et de fini. Cependant, je recommanderais volontiers, non-seulement comme échantillon de l’art de bien dire, mais aussi de délicatesse mystérieuse (car le clavier du sentiment est chez notre poète beaucoup plus étendu qu’on ne le croit généralement), l’histoire si connue du Roi Candaule. Certes, il était difficile de choisir un thème plus usé, un drame à dénouement plus universellement prévu ; mais les vrais écrivains aiment ces difficultés. Tout le mérite (abstraction faite de la langue) gît donc dans l’interprétation. S’il est un sentiment vulgaire, usé, à la portée de toutes les femmes, certes, c’est la pudeur. Mais ici la pudeur a un caractère superlatif qui la fait ressembler à une religion ; c’est le culte de la femme pour elle-