Page:Bazalgette - Émile Verhaeren, 1907.djvu/32

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Le désir s’était implanté chez les Verhaeren et les Debock de Saint-Amand de voir le petit Émile succéder un jour à son oncle, dans son huilerie. Elle était là, ronflant de toutes ses machines et offrant au jeune homme un avenir certain non moins qu’honorable. Le malheur était que l’adolescent, nullement alléché par la perspective d’une existence d’usinier en un bourg perdu, n’entrait pas dans ces vues. Il allait avoir vingt ans et il avait achevé ses humanités : un seul grand désir le poignait, comme tous les jeunes gens d’esprit généreux et de cœur ardent, celui de voir le monde, de vivre une existence plus large, de quitter les milieux où l’on se ratatinait pour la grande ville. Néanmoins il fallut provisoirement céder et, pendant un an, venir s’asseoir dans le bureau de l’oncle, pour s’initier aux arcanes de la comptabilité.

À force de lutter il obtint un jour gain de cause. Mais pour s’échapper, il fallait trouver une raison plausible. Ce fut celle-ci : l’usinier manqué irait faire son droit pour devenir avocat. Le but était lointain, tandis que l’immédiate réalité, c’était la fuite et la liberté. Son ami Rodenbach au sortir de Sainte-Barbe n’avait-il gagné l’Université de Gand (où Maeterlink devait entrer plus tard) pour se