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tude des moines d’héberger, moyennant une modique redevance, ceux qui désiraient passer trois semaines parmi eux. Le poète leur avait été spécialement recommandé et, croyant deviner qu’il se préparait à revêtir le froc, ils lui permirent de suivre toutes les cérémonies et de participer à la vie du monastère dans ses détails les plus intimes. Un parent, l’avocat Michel van Mons, possédait une ferme à Chimay, dans une contrée admirable de désolation. Au sortir du cloître où la chère était maigre affreusement, Verhaeren gagna la ferme de l’oncle et, pour compenser les vingt-et-un jours d’abstinence et d’austérité, s’offrit des semaines de ripaille et de vie débridée. En dépit des Moines, les Flamandes survivaient en lui.

Alors c’est la trilogie fameuse des Soirs (1887), des Débacles (1888) et des Flambeaux Noirs (1990), la partie la plus souvent commentée de l’œuvre du poète. Ce sont là des pages « pleines de pleurs, pleines d’affres, pleines de mort », comme les « Mers Novembrales » qu’il a chantées et où il rôde souvent aux confins de la démence, celle d’un Van Gogh ou d’un Nietzsche.

À l’époque où il burinait ces strophes exaspérées, Verhaeren faisait à Londres des séjours fréquents et prolongés. Il y travaillait beaucoup et c’est de là que presque toute la trilogie est sortie. Les aspects sombres de fer et de bitume, les brouillards de poix, l’atmosphère fuligineuse de la ville où passe le trafic du monde, lui procuraient une volupté forte et amère. Entre son moi d’alors,