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Combien significatif pour nous de voir un pareil poète joindre sa voix aux quelques puissantes voix qui ont entonné déjà les premiers versets du nouveau cantique ! Comme son adhésion à une telle conjecture que d’autres grands poètes, des philosophes et des critiques ont instaurée, doit nous gonfler d’espoir, bien plus, confirmer notre certitude que l’humanité est grosse d’une idée nouvelle qui déterminera une ère de sa course !

Nous disions que l’œuvre du poète, depuis les Villages Illusoires, était un acheminement par étapes vers la conception que proclament les lignes plus haut citées : il peut même être considéré en bloc comme une préparation en vue de cette révélation. D’abord subconscient, le panthéisme de Verhaeren n’a cessé de s’élargir. Telles pièces des Visages et des Forces en sont imprégnées. Aujourd’hui l’heure a sonné de la parfaite conscience, de l’enthousiaste certitude. Et voici venir l’instant où nous allons connaître de quelle immense ferveur panthéiste l’être entier du poète a vibré. Par les fragments déjà connus de son recueil nouveau, la Multiple Splendeur, nous pouvons pressentir sur quelles cimes sacrées il nous emportera. Je crois pouvoir, sans me tromper, saluer d’avance en ce vaste chant religieux, où la voix du poète semble s’unir aux accents du grand orgue sous les voûtes de la cathédrale prochaine, le grand livre que nous attendions, le livre où chante une époque et qui marque une génération indécise.