Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/37

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jeunes hommes du voisinage qui ébranlaient ma porte à grands coups de pied. Je me levai à la hâte pour aller les châtier de leur impudence, quand j’aperçus en ouvrant la porte, le corps inanimé d’un jeune homme qui était mort de froid et de misère sur le seuil de ma maison. J’avais par amour pour mon or, laissé mourir un homme qui frappait à ma porte et j’étais presqu’un assassin. Je devins fou de douleur et de repentir.

« Après avoir fait chanter un service solennel pour le repos de l’âme du malheureux, je divisai ma fortune entre les pauvres des environs, en priant Dieu d’accepter ce sacrifice, en expiation du crime que j’avais commis. Deux ans plus tard, je fus brûlé vif dans ma maison et je dus aller rendre compte à mon créateur, de ma conduite sur cette terre que j’avais quittée d’une manière si tragique. Je ne fus pas trouvé digne du bonheur des élus et je fus condamné, à revenir à la veille de chaque nouveau jour de l’an, attendre ici qu’un voyageur vint frapper à ma porte, afin que je pusse lui donner cette hospitalité que j’avais refusée de mon vivant à l’un de mes semblables. Pendant cinquante hivers, je suis venu, par l’ordre du bon Dieu, passer ici la nuit du dernier jour de chaque année, sans que jamais un voyageur dans la détresse ne vint