Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/64

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— Croyez à l’estime sans bornes que je ressens pour vous. Jeanne et moi, nous causerons de tout cela avec notre vieux père.

N’étaient-ce pas là des paroles d’espérance ? Jules qui aimait sa sœur plus que lui-même et qui aurait donné sa vie pour chasser l’ombre du malheur du sentier de la jeune fille, n’avait-il pas encouragé par ses paroles les sentiments de son ami ?

Et Jeanne ? son trouble, ses manières embarrassées, ses paroles incohérentes, ses mots balbutiés, tout ne disait-il pas à Pierre qu’il pouvait espérer ?

Le jeune homme avait été si agité par la scène inattendue de la grève, que sa mère, en le voyant rentrer pour le souper, lui dit :

— Mais, mon Dieu ! qu’as-tu donc, mon fils ? Tes traits sont bouleversés et tu me sembles agir d’une manière étrange.

— Rien, ce n’est rien, bonne mère, répliqua Pierre. Probablement la lassitude après les travaux du jour, voilà tout.

Cette explication parut suffire à la brave femme, mais elle ne put s’empêcher de dire à son mari, le soir même, avant de se retirer pour la nuit :

— Jean-Louis, j’ignore ce qu’a notre fils, ce soir, mais il paraît tout agité. Ses manières sont de-