Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/81

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Nous avions atteint le sommet le plus élevé de ces montagnes sauvages, et nous apercevions dans le lointain, les bords de la rivière Rupert qui serpente dans de vastes prairies s’étendant à perte de vue. Nous avions campé pour la nuit, et comme c’était mon tour de fournir le gibier nécessaire au lendemain, je pris mon fusil et mon couteau de chasse, et me débarrassant de tout bagage superflu, j’entrai à l’aventure dans la forêt, dans l’espoir d’y rencontrer un chevreuil ou un orignal. Je m’avançai en chantonnant un air du pays, et m’abandonnant à mes souvenirs je ne fis pas attention, que depuis une heure, je marchais toujours sans m’occuper beaucoup du but de mon excursion. J’entendis deux ou trois fois remuer les broussailles autour de moi, mais je n’y fis aucune attention, pensant que ma présence avait probablement effrayé les lièvres et les perdrix qui abondent dans ces parages. La nuit était arrivée, quand je secouai mes pensées qui étaient au Canada, pour m’occuper du présent qui me faisait un devoir de rapporter au camp une pièce de gibier quelconque. J’armai mon fusil et je m’avançai avec précaution, convaincu de rencontrer bientôt une victime, quand je sentis une main pesante s’abattre par derrière, sur mon épaule. Je me retournai vivement en portant en même temps la main sur mon couteau de chasse.