Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/9

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le courant du fleuve. La lassitude qui se lisait visiblement sur les traits bronzés des voyageurs, témoignait d’une longue route ; leurs bras appesantis ne manœuvraient qu’avec peine les avirons qui, d’ordinaire, leur paraissaient si légers.

À l’arrière du canot, et évidemment chargé de conduire l’embarcation, un jeune homme de 20 à 22 ans tenait avec habileté, l’aviron qui lui servait de gouvernail.

Son vêtement, moitié français moitié indien, dénotait cependant chez lui de certaines prétentions à l’élégance, car ses guêtres brodées de graines de verre de différentes couleurs démontraient qu’une main de femme avait passé par là. D’une figure noble et passionnée, il était facile de voir, dans tous ses mouvements, la supériorité de l’intelligence et l’habitude du commandement.

Ses compagnons, vêtus de vareuses en flanelle rouge ou bleue, portaient de larges ceinturons en cuir, où brillaient l’inévitable couteau du voyageur Canadien.

Le jeune homme s’adressant à celui qui, à l’avant du canot, semblait en servir de guide.

— Ohé ! Hervieux ! chante nous donc un de tes vieux refrains de canotier ; nous t’aiderons en chœur et la route nous semblera moins longue.