Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/90

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Contrecœur, se levant à la voix du grand tribun populaire, Louis-Joseph Papineau, s’était préparé pour la lutte et formait avec Saint-Denis et Saint-Charles, le centre de l’insurrection. Un brave cœur, Amable Marion, marchand du village, s’était mis à la tête du mouvement et avait fait un appel pressant à tous les jeunes fermiers des alentours. On avait organisé en secret une compagnie militaire et l’on faisait l’exercice chez moi, dans ma grange. Marion avait été nommé capitaine des patriotes et je le secondais en qualité de lieutenant. Nous avions appris la présence des troupes anglaises à Sorel et l’on s’attendait tous les jours à la présence du colonel Gore, soit à Saint-Denis s’il remontait le cours du Richelieu, soit à Contrecœur s’il suivait la côte sud du Saint-Laurent. Il s’agissait de se rendre à Saint-Charles pour arrêter Papineau et Nelson, mais les patriotes avaient juré de défendre au prix de leur vie, la liberté de leurs chefs. Papineau aurait désiré éviter l’effusion du sang, mais les choses en étaient rendues à un point où il était impossible de reculer. Le docteur Nelson, au contraire excitait les paysans à l’insurrection ouverte, et à une assemblée tenue à Saint-Charles pour discuter la situation, il avait dit :

— M. Papineau prêche la modération, moi je suis d’opinion contraire ; je vous dis que le temps