Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/775

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

impute beaucoup de mal qu’il ne fait pas ; mais l’homme qui brûle de consacrer vingt mille écus à un établissement de bien ! lisance sevante-t-il en donnant trois louis ? Soyez impartiaux, messieurs, ri puis joutons, votre ecclésiastique et moi, .1 qui fera le plus de bien, suivant nos moyens respectifs : cette lutte est d’un nouveau genre ; elle vaut bien la guerre de Figaro. Imprime/, alors, messieurs, tout ce que l’on dira contre moi, tous les sots bruits qu’ils l’ont courir ; mais ne fermez pas vos feuilles toutes les fois qu’il est question de mes idées de bienfaisance.

Pourquoi n’avez-vous pas imprimé le Irait suma bonne nourrice normande, qui, ayant huit enfants à elle, un mari, et neuf sous par jour, a nourri quatre ans un enfant sans avoir jamais rien reçu ? Elle vient à pied chercher ici les parents de son nourrisson : père et mère sont disparus ; on voulait, à Paris, qu’elle le mît aux Enfants-Trouvés : À Dieu ne plaisi t-elle ; je l’ai nourri pendant quatre ans, j’ai huit enfants vivants, il sera le neuvième. Et elle le remporte en pleurant !

Mon active quête pour elle a monté à quinze ou seize louis. Si vous n’eussiez pas supprimé le trait sublime de cette femme d’une de mes lettres au journal, elle aurait obtenu, l’an passé, le prix public de la vertu, et l’on vous en eût su bon gré. Voilà ce qu’il fallait imprimer.

Pourquoi ne dites-vous pas un mot du noble enthousiasme avec lequel la ville de Lyon vient d’adopter mon plan de bienfaisance pour les pauvres mères qui nourrissent ? Il est rendu public dans le journal de cette ville, et vous a éb envoyi pour engager la capitale à imiter ce noble exemple. Cela valait bien les invectives de votre digne ecclésiastique.

Enfin, messieurs, voilà mon dernier mot : Si vous enlevez encore à la petite poste le droit exclusif de me transmettre les injures anonymes dont mes charités sont payées, pardon, mais je serai forcé de vous prendre à partie ; et il n’est pas un tribunal où je n’obtienne alors le droit de vous faire attacher à vous-même le nom du fuyard contumace, au poteau publie de vos feuilles. J’ai l’honneur d’être, etc.

Caron de Beaumarchais.

LETTRE XXXVI.

A M. ROBINET.

Pans, le 3 mars 1785.

Obligeant ami,

J’ai eu l’honneur de remettre à M. le baron de Breteuil un mémoire par lequel les auteurs dramatiques demandent au roi que leurs propriétés soient respectées dans les grandes villes de province, comme son intention est qu’elles le soient dans la capitale. J’ai joint à ce mémoire une expédition de l’acte notarié que 1rs auteurs ont fait avec la direction de Marseille, et l’original ’l' 1 la délibération prise et signée par tous les auteurs dramatiques à ce sujet.

En vous demandant vos bons offices pour le succès de la justice qu’ils sollicitent, je "iis prie de donner vos soins à ce que les deux actes joints au mémoire ne soient pas égarés, parce que ce -uni des originaux de mon greffe. Vous connaissez les sentiments inviolables de votre serviteur et ami

LETTRE XXXVII.

A M. BRET.

Le 26 mars 1786.

Je vous envoie, brave censeur, mon étrange opi ra pour l’approuver. Je vous demande en grâce qu’il ne sorte pas de vos mains. Si j’avais mis le véritable titre, il s’appellerait / Libri arbitre, ou h Pouvoir de la Vertu ; mais on m’eût accusé d’une prétention ride ule. Sous cet aspect pourtant, j’espère que les i lioses fortes, sortant de caractères tranchants, trouveront grâce devant vous.

Pour opposer la confiante piété de Tarare el à’Ast <■’■ aux fureurs du despote, à l’ambition du grand prêtre, et faire sortir de cet ensemble une profonde moralité, j’ai dû faire parler a chacun son langage : mais l’impie pontife est puni par la î I de sun lils, le tyran par la sienne ; ,i le grand mol que ce prêtre dit eu couronnant Tarare, Il est des dieux suprêmes, etc., aveu qui lui est arraché par la force des événements, est le correctif puissant «le m. u incrédulité. Ainsi, quoique nous ne croyions point en Brama, il n’en résulte pas moins qu’à l’aspect d’une justice inattendue sur de grands criminels, les hommes les plus impies sont ramenés malgré eux a reconnaître une Providence ; et c’est ce que j’ai voulu dire, il est consolant, mon ami, que la conclusion de mon drame soit si vraie :

Mortel, qui que tu sois, prince, prêtre ou soldat, Homme ! ta grandeur sur lu luire N’appartient [joint il ton état : Elle est oute à ton caractère. Au reste, mon ami, j’aimerais mieux que cette pièce ne fût jamais jouée que si elle était aplatie. Je vous salue, vous honore et vous aime. Le reclus Beaumarchais.

Gardez mon manuscrit le moins que vous pourrez ; votre ami n’en a pas d’autre.

LETTRE XXXVIII.

À MM. LES COMÉDIENS FRANÇAIS.

Paris, le 1S décembre 17S7.

Lorsque vous jouiez, messieurs. /• Mariage de Figaro, je vous ai demandé la cinquantième repré-