Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/853

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de la Havane et de cent quatre-vingts millions de piastres que la guerre a enlevés ; sans compter l’embarras de maintenir et défendre la Louisiane dont véritablement ils ne savent que faire.

Le Gênois Grimaldi, en le supposant même attaché de bonne foi aux intérêts de la France, est bien éloigné du crédit dont il s’était flatté en entrant en place.

Le Sicilien Esquilace, à la tête de la guerre et des finances, parties aussi délabrées l’une que l’autre, n’en a pas moins conservé sur le roi tout l’ascendant qu’il avait acquis à Naples, en forçanl les douanes, et en augmentant les revenus du prince aux dép i aerce et de la nation. Calculateur vieilli, concussionnaire blanchi dans les obscures combinaisons de l’intérêt numéraire. la raison politique et le bien général, non-seulement lui échappent, mais il les met au-dessous de tout. Le Grimaldi paresseux et peu éclairé, n’ayant que des moyens faibles pour balancer les vues étroites de ces âmes resserrées dans leur travail économique, s’est vu blâmé de tous ses traités à Madrid, et bientôt réduit au cercle étroit de sou département étranger dont la France est la partie la plus considérable.

Son rival, Esquilace, resté en possession de tout le crédit, ne lui a pas pardonné d’avoir tendre un instant à la prééminence, et se sert de son ascendant sur le roi pour barrer Grimaldi dans presque toutes ses vues. Il est même de notoriété à Madrid que, lorsqu’un ambassadeur, après s’être adressé à Grimaldi, ne va pas exposer ses demandes à Esquilace, il se voit ballotté et n’obtient presque jamais ce qu’il désire ; aussi sont-ils" tous ; i bien stylés a ce double travail qu’ils n’y manquent jamais:c’est un aveu qu’ils font volontiers et sans mystère. Il en est de même des particuliers que du corps diplomatique. Or le principal objet d’Esquilace étant de renverser Grimaldi, et celui-ci tenant beaucoup plus à sa place qu’à ses liaisons avec la France, on peut conclure qu’il n’est en Espagne qu’un très-faible appui pour notre système politique.

Voilà quels sont les deux premiers ministres d’Espagne; le bailli d’Ariéga, qui est le troisième te delà marine, ne doit être compté pour rien, si l’on en excepte la profession publique qu’il fait de haïr souverainement les Français. On en peut dire autant de tout ce qu’on appelle les conseils de Caslille, des Indes, d’IIazienda, etc. Le roi, d’un esprit assez borné, presque isole par sa méfiance générale, et tourmenté surtout de la crainte d’être dominé, si puissante sur les esprits faibles, ne laisse à tout ce qui l’approche qu’un crédit fort précaire sur ses résolutions. Ses ministres mêmes, avec une apparence de despotisme qui en impose aux sots, n’en sont pas moins devant lui comme de timides valets devant un maître aussi méfiant qu’absolu. Ses favoris ue soutiennent leur crédil illusoire qu’en n’en faisant aucun usage. Un seul homme balance toul le monde en: c’est Piny, valet de chambre chéri, le si ni a qui | ( roi se plaise à ouvrir son âme et avec qui il pa-se tous les jours enl res sur 24 ; c’est par cet homme aussi important qu’obscur que j’ai acquisla plus parfaite connaissance du car ; ce prince. Mais bois les ministres, Piny, et quelquefois le c-iil.---.-ui’pour les matières ecclésiastiques, il n’y a personne qui ose parler d’affaires au roi, ni qui influe en rien sur les décisions importantes.

— ce tableau, on sent qu’un moyen qui mettrait le ministre de France à portée de compter sur la personne du roi, et’le diriger en quelque façon sa volonté, le rendrait le— maître absolu des affaires d’Espagne. J’en vais parler lorsque j’aurai dit encore un mol sur quelques autres obsvaincre. Outre I éloignement de la nation pour nous et le peu de crédit que l’on a sur le roi d’Espagne, ce prince laisse élever son fils aîné dans une telle haine des Français, qu’en aucune occasion il n’en veut même parler la langue avec personne, quoiqu’il la sache fort bien, et l’on remarque qu’il ne manque jamais de dépriser tout haut les Français et d’en dire du mal lorsqu’il est que-lion d’eUX.

Cette haine, qu’il doit à son éducation, i —t un des points les plus opposés aux suites du système actuel, et les gens les plus raisonnables pensent que si le roi mourait ou devenait hors d tenir les rênes, ce qui n’est pas aussi peu vraisemblable qu’on pourrait le croire, la France aurait bien de la peine à conserver la bonne intelligence qu’on a crue cimentée solidement par le pacte de famille.

Maisle prince des Asturi — esl jeune; à l’instant d’être marié, il va prendre en quelque façon une nouvelle âme, et c’est le temps de cette première effervescence des passions qu’il faudrait mettre à profit pour détruire les injustes préjugés de — a enfance. Peut-être que les vues dont je vais vous entretenir peuvent opérer les deux bons effets d’il liiiner le père et de ramener le lil-. Les circonstances sont devenues très-favorables. Le mariage de l’infante de Parme, arrête, à ce qu’il semble, sur les sollicitations de la reine-mêre, méritait bien d’avoir été combiné par les politiques français, et si je pouvais deviner plus d’ascendant au ministre de France sur les délibérations de Madrid, je n’hésiterais : r que M. le duc ul a fait encore ce coup d’habile homme, de fixer la préférence sur une princesse aux trois quarts fi a) le ruiner par ce choix les projets ennemis qui avaient fait penser à l’infante de Portugal.

Au reste, le projet dont je veux parler n’est point ronde sur des aperçus chimériques, mais sur des faits certains, et vous avez vous-même donné saDS