Page:Beauregard-Lamontagme - L'enfant d'adoption, nouvelle canadienne paru dans Mon Magazine, jan-fev 1927.djvu/4

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Tantôt, cela jetait des cris aigus et perçants qui faisaient sursauter ; tantôt cela s’abattait sur la maison avec un bruit de tonnerre, secouant portes et fenêtres, puis, à la fin, cela s’adoucissait, et devenait une espèce de plainte sinistre à faire trembler. La marée montante rugissait dans l’ombre. On entendait au loin les vagues se briser l’une après l’autre contre les glaces des grèves, avec un bruit semblable à des décharges de canon. El la bourrasque, de plus en plus forte, frappait violemment contre tes murs. Mais la maison restait chaude et silencieuse au milieu de la tempête.

Onze heures venaient de sonner à la grande horloge de bois. Le seigneur se leva, entr’ouvrit la porte pour regarder au dehors. Le vent lui cingla vivement le visage. « Ah ! c’est un temps de chien ! » murmura-t-il. Puis il prêta tout à coup l’oreille à des bruits étranges qui venaient de loin, dans la nuit. « Écoute, femme, j’entends une voix au dehors ; ce sont des plaintes, c’est une voix d’enfant ! Mon Dieu ! C’est un enfant perdu dans la tempête ! Coûte que coûte, il faut que j’aille ! Il faut que j’aille ! » « Tu n’y penses pas, reprit sa femme, en tremblant. Ce doit être le vent que tu entends. Et tu ne peux sortir par un temps pareil ! » Elle essaya en vain de le retenir. Dans un instant, le vieillard, enveloppé des pieds à la tête, s’élançait dans la nuit, un fanal à la main. Sa femme referma bien vite la porte. Elle se mit à trembler d’épouvante à la pensée de ce qui pouvait arriver. Il n’était plus alerte comme autrefois ; un coup de vent trop violent le jetterait à terre, et la neige ensuite pourrait en peu de temps l’ensevelir… Des visions terribles passaient et repassaient dans son cerveau. Ne pouvant rien voir dans la fenêtre elle alla chercher son chapelet et se mit à prier avec ferveur. Des minutes interminables s’écoulèrent. Tout à coup la porte s’ouvrit. Le vieillard entra, essoufflé et blanc de neige. Il tenait, bien serrée contre lui, une petite fille au visage bruni, dont les vêtements glacés pendaient le long de son corps avec ses bras inertes. « Je suis arrivé à temps, je t’assure ! Elle vient de perdre connaissance. Je l’ai trouvée à côté du chemin, pas mal loin d’ici. Vite, ma femme, emporte des vêtements chauds et tout ce qu’il faut pour la ranimer. La vie de cette petite est entre nos mains ! » Déposée avec soin sur le sofa, la petite fille, au contact de la bonne chaleur, venait déjà d’ouvrir