Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/133

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frapper un païen, Timozel, l’un sur l’écu, l’autre sur le haubert. Les deux épieux se brisent dans le corps. Ils le jettent mort à la renverse dans un guéret. Lequel des deux fut le plus vite ? Je ne l’ai pas ouï dire et je ne sais […] Et l’archevêque leur a tué Siglorel, l’enchanteur, celui qui déjà était descendu en enfer : par sortilège, Jupiter l’y avait conduit. Turpin dit : « Celui-là nous était une proie marquée ! » Roland répond : « Il est vaincu, le fils de serf. Olivier, frère, voilà les coups que j’aime ! »

CIX

La bataille s’est faite plus acharnée. Francs et païens frappent des coups merveilleux. L’un attaque, l’autre se défend. Tant de hampes brisées et sanglantes ! Tant de gonfanons arrachés et tant d’enseignes ! Tant de bons Français qui perdent leur jeune vie ! Ils ne reverront plus leurs mères ni leurs femmes, ni ceux de France qui aux ports les attendent. Charles le Grand en pleure et se lamente ; mais de quoi sert sa plainte ? Ils n’auront pas son secours. Ganelon l’a servi malement, au jour où il s’en fut à Saragosse vendre ses fidèles ; pour l’avoir fait, il perdit la vie et les membres par jugement à Aix, où il fut condamné à être pendu ; avec lui trente de ses parents, qui n’attendaient pas cette mort.