Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/171

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Roland n’est guère loin. Il dit au païen : « Dieu te maudisse ! À si grand tort tu m’occis mes compagnons ! Tu le paieras avant que nous nous séparions et tu vas apprendre le nom de mon épée. » En vrai baron, il va le frapper : il lui tranche le poing droit. Puis il prend la tête à Jurfaleu le Blond : celui-là était fils du roi Marsile. Les païens s’écrient : « Aide-nous, Mahomet ! Vous, nos dieux, vengez-nous de Charles ! En cette terre il nous a mis de tels félons que, dussent-ils mourir, ils ne videront pas le champ. » L’un dit à l’autre : « Or donc fuyons ! » Et cent mille s’en vont : les rappelle qui veut, ils ne reviendront pas.

CXLIII

De quoi sert leur déroute ? Si Marsile s’est enfui, son oncle est resté, Marganice, qui tient Carthage […] et l’Éthiopie, une terre maudite : il a en sa seigneurie l’engeance des Noirs. Leurs nez sont grands, leurs oreilles larges ; ils sont là plus de cinquante mille ensemble. Ils lancent leurs chevaux hardiment, avec fureur, puis crient le cri d’armes des païens. Alors Roland dit : « Ici nous recevrons le martyre, et je sais bien maintenant que nous n’avons plus guère à vivre. Mais honte à qui d’abord ne se sera vendu cher ! Frappez, seigneurs, des épées fourbies, et disputez et