Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/173

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vos morts et vos vies, afin que douce France ne soit pas honnie par nous ! Quand en ce champ viendra Charles, mon seigneur, et qu’il verra quelle justice nous aurons faite des Sarrasins, et que, pour un des nôtres, il en trouvera quinze de morts, il ne laissera pas, certes, de nous bénir. »

CXLIV

Quand Roland voit la gent maudite, qui est plus noire que l’encre et qui n’a rien de blanc que les dents, il dit : « Je le sais maintenant en vérité, c’est aujourd’hui que nous mourrons. Frappez, Français, car je recommence ! » Olivier dit : « Honni soit le plus lent ! » À ces mots les Français foncent dans leur masse.

CXLV

Quand les païens voient que les Français sont peu, ils s’enorgueillissent entre eux et se réconfortent. Ils se disent l’un à l’autre : « C’est que le tort est devers l’empereur ! » Le Marganice monte un cheval saure. Il l’éperonne fortement des éperons dorés, frappe Olivier par derrière en plein dos […], l’épieu traverse la poitrine et ressort. Puis il dit : « Vous avez pris un rude coup ! Charles, le roi Magne, vous laissa aux ports pour votre malheur. S’il nous a fait du mal, il n’a pas sujet de s’en louer : car, rien que sur vous, j’ai bien vengé les nôtres. »