Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/179

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mots l’un vers l’autre ils s’inclinèrent. C’est ainsi, à grand amour, qu’ils se sont séparés.

CL

Olivier sent que la mort l’angoisse. Les deux yeux lui virent dans la tête, il perd l’ouïe et tout à fait la vue. Il descend à pied, se couche contre terre. À haute voix il dit sa coulpe, les deux mains jointes et levées vers le ciel, et prie Dieu qu’il lui donne le paradis et qu’il bénisse Charles et douce France et, par-dessus tous les hommes, Roland, son compagnon. Le cœur lui manque, son heaume retombe, tout son corps s’affaisse contre terre. Le comte est mort, il n’a pas fait plus longue demeure ; le preux Roland le pleure et gémit. Jamais vous n’entendrez sur terre un homme plus douloureux.

CLI

Roland voit que son ami est mort, et qu’il gît, la face contre terre. Très doucement il dit sur lui l’adieu : « Sire compagnon, c’est pitié de votre hardiesse ! Nous fûmes ensemble et des ans et des jours : jamais tu ne me fis de mal, jamais je ne t’en fis. Quand te voilà mort, ce m’est douleur de vivre. » À ces mots le marquis se pâme sur son cheval, qu’il nomme Veillantif. Ses étriers d’or fin