Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/215

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CLXXXII

L’empereur a établi son campement. Les Français mettent pied à terre dans le pays désert. Ils enlèvent à leurs chevaux les selles, leur ôtent de la tête les freins dorés ; ils leur livrent les prés ; ils y trouveront beaucoup d’herbe fraîche : on ne peut leur donner d’autres soins. Qui est très las dort contre terre. Cette nuit-là, on ne fit point garder le camp.

CLXXXIII

L’empereur s’est couché dans un pré. Le preux met près de sa tête son grand épieu. Cette nuit il n’a pas voulu se désarmer ; il garde son blanc haubert safré : il garde lacé son heaume aux pierres serties d’or, et Joyeuse ceinte ; jamais elle n’eut sa pareille : chaque jour sa couleur change trente fois. Nous savons bien ce qu’il en fut de la lance dont Notre-Seigneur fut blessé sur la Croix : Charles, par la grâce de Dieu, en possède la pointe et l’a fait enchâsser dans le pommeau d’or : à cause de cet honneur et de cette grâce, l’épée a reçu le nom de Joyeuse. Les barons de France ne doivent pas l’oublier : c’est de là qu’ils ont pris leur cri d’armes : « Montjoie ! » et c’est pourquoi nul peuple ne peut tenir contre eux.

CLXXXIV

Claire est la nuit, et la lune brillante. Charles est couché, mais il est plein de deuil pour