Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/279

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Francs laissent courre ; ils vont frapper de leurs épieux qui bien tranchent.

CCXLI

LE comte Rabel est chevalier hardi. Il pique son cheval de ses éperons d’or fin et va frapper Torleu, le roi persan : ni l’écu ni la brogne ne résistent au coup. Il lui a enfoncé au corps son épieu doré, et l’abat mort sur un petit buisson. Les Français disent : « Que Dieu nous aide ! Charles a pour lui le droit, nous ne devons pas lui faillir. »

CCXLII

ET Guineman joute contre le roi leutice. Il lui a toute brisé sa targe, où sont peintes des fleurs ; puis il déchire sa brogne et lui plonge au corps tout son gonfanon, et, qu’on en pleure ou qu’on en rie, l’abat mort. À ce coup, ceux de France s’écrient : « Frappez, barons, ne tardez pas ! Le droit est à Charles contre la gent haïe (?) : Dieu nous a choisis pour dire le vrai jugement. »

CCXLIII

MALPRAMIS monte un cheval tout blanc. Il se jette dans la presse des Français. De l’un à l’autre il va, frappant de grands coups, et renverse le mort sur le mort. Tout le premier, Baligant s’écrie : « Ô mes barons, je vous ai longtemps nourris ! Voyez mon fils : c’est Charles qu’il