Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/297

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ne peut cesser que l’un des deux n’ait reconnu son tort.

CCLX

L’ÉMIR dit : « Charles, rentre en toi-même : résous-toi à me montrer que tu te repens ! En vérité, tu m’as tué mon fils et c’est à très grand tort que tu revendiques mon pays. Deviens mon vassal..... Viens-t’en jusqu’en Orient, comme mon serviteur. » Charles répond : « Ce serait, à mon sens, faire une grande vilenie. À un païen je ne dois accorder ni paix ni amour. Reçois la loi que Dieu nous révèle, la loi chrétienne : aussitôt je t’aimerai ; puis sers et confesse le roi tout-puissant. » Baligant dit : « Tu prêches là un mauvais sermon ! » Alors ils recommencent à frapper de l’épée.

CCLXI

L'ÉMIR est d’une grande vigueur. Il frappe Charlemagne sur son heaume d’acier brun, le lui brise sur la tête et le fend ; la lame descend jusqu’à la chevelure, prend de la chair une pleine paume et davantage ; l’os reste à nu. Charles chancelle, il a failli tomber. Mais Dieu ne veut pas qu’il soit tué ni vaincu. Saint Gabriel est revenu vers lui, qui lui demande : « Roi Magne, que fais-tu ? »