Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/41

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XIII

« Seigneurs barons, » dit l’empereur Charles, « le roi Marsile m’a envoyé ses messagers. De ses richesses il veut me donner à foison, ours et lions, et lévriers bons à mettre en laisse, sept cents chameaux et mille autours mués, quatre cents mulets chargés d’or d’Arabie, et en outre plus de cinquante chars. Mais il me mande que je m’en aille en France : il me suivra à Aix, en mon palais, et recevra notre loi, qu’il avoue la plus sainte ; il sera chrétien, c’est de moi qu’il tiendra ses marches. Mais je ne sais quel est le fond de son cœur. » Les Français disent : « Méfions-nous ! »

XIV

L’empereur a dit sa pensée. Le comte Roland, qui ne s’y accorde point, tout droit se dresse et vient y contredire. Il dit au roi « Malheur si vous en croyez Marsile ! Voilà sept ans tout pleins que nous vînmes en Espagne. Je vous ai conquis et Noples et Commibles ; j’ai pris Valterne et la terre de Pine et Balaguer et Tuele et Sezille. Alors le roi Marsile fit une grande trahison : de ses païens il en envoya quinze, et chacun portait une branche d’olivier, et ils vous disaient toutes ces mêmes paroles. Vous prîtes le conseil de vos Français. Ils vous conseillèrent assez follement : vous fîtes partir vers le païen deux de vos comtes, l’un était Basan et l’autre