Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/45

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Le roi Marsile est vaincu dans sa guerre ; tous ses châteaux, vous les lui avez ravis ; de vos pierrières vous avez brisé ses murailles ; vous avez brûlé ses cités, vaincu ses hommes. Aujourd’hui qu’il vous mande que vous le receviez à merci, lui en faire pis, ce serait péché. Puisqu’il veut vous donner en garantie des otages, cette grande guerre ne doit pas aller plus avant. » Les Français disent : « Le duc a bien parlé ! »

XVII

« Seigneurs barons, qui y enverrons-nous, à Saragosse, vers le roi Marsile ? » Le duc Naimes répond : « J’irai, par votre congé : livrez-m’en sur l’heure le gant et le bâton. » Le roi dit : « Vous êtes homme de grand conseil ; par cette mienne barbe, vous n’irez pas de si tôt si loin de moi. Retournez vous asseoir, car nul ne vous a requis !

XVIII

Seigneurs barons, qui pourrons-nous envoyer au Sarrasin qui tient Saragosse ? » Roland répond : « J’y puis aller très bien. — Vous n’irez certes pas, » dit le comte Olivier. « Votre cœur est âpre et orgueilleux, vous en viendriez aux prises, j’en ai peur. Si le roi veut, j’y puis aller très bien. » Le roi répond : « Tous deux, taisez-vous ! Ni vous ni lui n’y porterez les pieds. Par