Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/47

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cette barbe que vous voyez toute blanche, malheur à qui me nommerait l’un des douze pairs ! » Les Français se taisent, restent tout interdits.

XIX

Turpin de Reims s’est levé, sort du rang, et dit au roi : « Laissez en repos vos Francs ! En ce pays sept ans vous êtes resté : ils y ont beaucoup enduré de peines, beaucoup d’ahan. Mais donnez-moi, sire, le bâton et le gant, et j’irai vers le Sarrasin d’Espagne : je vais voir un peu comme il est fait. » L’empereur répond, irrité : « Allez vous rasseoir sur ce tapis blanc ! N’en parlez plus, si je ne vous l’ordonne ! »

XX

« Francs chevaliers, » dit l’empereur Charles, « élisez-moi un baron de ma terre, qui puisse porter à Marsile mon message. » Roland dit : « Ce sera Ganelon, mon parâtre. » Les Français disent : « Certes il est homme à le faire ; lui écarté, vous n’enverrez pas un plus sage. » Et le comte Ganelon en fut pénétré d’angoisse. De son col il rejette ses grandes peaux de martre ; il reste en son bliaut de soie. Il a les yeux vairs, le visage très fier ; son corps est noble, sa poitrine large : il est si beau que tous ses pairs le contemplent. Il dit à Roland : « Fou ! Pourquoi ta frénésie ? On le sait bien que je suis ton parâtre et voici