Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/49

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


que tu m’as marqué pour aller vers Marsile. Si Dieu donne que je revienne de là-bas, je te ferai tel dommage qui durera aussi longtemps que tu vivras ! » Roland répond : « Ce sont propos d’orgueil et de folie. On le sait bien, je n’ai cure d’une menace ; mais pour un message il faut un homme de sens : si le roi veut, je suis prêt : je le ferai à votre place. »

XXI

Ganelon répond : « Tu n’iras pas à ma place ! Tu n’es pas mon vassal, je ne suis pas ton seigneur. Charles commande que je fasse son service : j’irai à Saragosse, vers Marsile ; mais avant que j’apaise ce grand courroux où tu me vois, j’aurai joué quelque jeu de ma façon. » Quand Roland l’entend, il se prend à rire.

XXII

Quand Ganelon voit que Roland s’en rit, il en a si grand deuil qu’il pense éclater de courroux ; peu s’en faut qu’il ne perde le sens. Et il dit au comte : « Je ne vous aime pas, vous qui avez fait tourner sur moi cet injuste choix. Droit empereur, me voici devant vous : je veux accomplir votre commandement.

XXIII

J’irai à Saragosse ! Il le faut, je le sais bien. Qui va là-bas n’en peut revenir. Sur toutes