Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/61

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XXXIV

Le roi Marsile a changé de couleur. Il darde son javelot. Quand Ganelon le voit, il met la main à son épée. Il l’a tirée du fourreau la longueur de deux doigts. Il lui dit : « Vous êtes très belle et claire. Si longtemps en cour royale je vous aurai portée ! Il n’aura point sujet, l’empereur de France, de dire que je suis mort, seul en la terre étrangère, sans que les plus vaillants vous aient achetée à votre prix. » Les païens disent : « Empêchons la mêlée ! »

XXXV

Tant l’ont prié les meilleurs Sarrasins que sur son trône Marsile s’est rassis. L’Algalife dit : « Vous nous mettiez en un mauvais pas, quand vous vouliez frapper le Français : vous le deviez écouter et entendre. — Sire », dit Ganelon, « ce sont choses qu’il convient que j’endure. Mais je ne laisserais pas, pour tout l’or que fit Dieu, ni pour toutes les richesses qui sont en ce pays, de lui dire, si j’en ai le loisir, ce que Charles, le roi puissant, lui mande, lui mande par moi, comme à son mortel ennemi. » Il portait un manteau de zibeline, recouvert de soie d’Alexandrie. Il le rejette, et Blancandrin le reçoit ; mais son épée, il n’a garde de la lâcher. En son poing droit, par le pommeau doré, il la tient. Les païens disent : « C’est un noble baron ! »