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GRANDGOUJON

tit par la portière les trois quarts de son corps, appelant les soldats sur le quai :

— Par ici, les poteaux ! Vous en faites pas, y a de la place !

Ils accoururent à quinze. Le fou eut un rire heureux.

— On va se serrer et rigoler !

Puis, tourné vers Grandgoujon :

— Pourquoi tu rigoles pas ?

Grandgoujon était pâle, et en eau.

À Noisy-le-Sec, il se précipita chez le commissaire militaire, fut jeté dehors, attendit, rentra, et, enfin, au garde à vous, entendit un officier en bleu de ciel de hussard, lui dire, monocle à l’œil, en aspirant entre ses mots :

— Vous partirez par le 960 marchandises, pour Nancy : je l’ai marqué sur votre feuille à l’encre verte.

— Bien, mon lieutenant.

— Capitaine, s’il vous plaît.

— Oui, mon lieut…

— Capitaine ! Êtes-vous un aveugle de la guerre ?

— Non, Monsi…

— Sortez ! Il est incurable.

Grandgoujon se retrouva sur un des quais de la station de Noisy, gare dans laquelle on est toujours perdu. La guerre fait de certaines grandes gares des lieux de détresse, où les soldats déambulent, le pied traînard, guettant toujours une porte pour s’échapper, ou un train pour sauter dedans.