Le Tibre eſt ſur le point de commander au Nil,
Si mon fidelle amant n’empeſche ce peril,
Mais ceſt là le ſurcroiſt de ma peine ſoufferte,
Je crains plus ſon danger que je ne crains ma perte,
Et je me voy reduite à cet étrange point
Que je veux reſiſter ne me deffendant point ;
Et cependant il croit que je luy ſuis traitreſſe,
Et que ſon ennemi luy ravit ſa maitreſſe,
Son eſprit défiant ſe peut l’imaginer.
Madame, il a raiſon de vous en ſoupçonner.
Que dites-vous ?
Il ſçait que ſa maitreſſe l’aime,
Mais croit-il voſtre cœur enney de ſoy-meſme ?
Que ſans le ſoulager vous puiſsiez vous trahir,
Et que pour trop l’aimer, vous deviez vous hair ?
Dans ce juſte ſoupçon quelque mal qu’il reſſente,
Il blâme ſa fortune, il vous juge innocente,
Et ce grand cœur reçoit votre infidelité
Comme une dure loy de la neceſsité.
À ſuivre