Par elle vous quittez le prix de vos combas,
Vous ne châtiez point, vous ne triomphez pas :
Antoine librement s’eſt privé d’une vie
Qu’avoit à vo{ligat|s|t}}re honneur la fortune aſſervie,
Et ſe voyant forcé de vous ſuivre aujourduy,
Il ne la pu ſouffrir, ny vous non plus que luy,
De ſorte que pour voir ce triomphe equitable,
L’un fut trop genereux, l’autre eſt trop pitoyable.
Uſez de ce qui reste, & pour vostre bonheur
Dans Rome promenez leur honte, & voſtre honneur.
Estimes-tu Ceſar ſi peu jaloux de gloire
Qu’il refuſaſt le prix d’une telle victoire ?
Je ſerois ennemy de mon contentement,
Non, non, je flatte ainſi pour vaincre doublement,
Je les mène en triomphe avecque moins de pompe,
Mon bras les a ſoûmis, ma clémence les trompe,
Et déja le vaincu par un trait ſans égal
Honore ma fortune, & ne ſent pas ſon mal,
Je mets tant d’artifice à déguiſer ſa peine
Que meſme il ſe croit libre alors que je l’enchâine,
Je fay que tous ſes maux lui paſſent pour des biens,
Et pour mieux l’éblouir je dore ſes liens.