Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/34

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TRAGEDIE.



Scène troisieſme.

ALCIMEDE demeure ſeul



Où va ce pauvre aveugle ? il court au precipice,
« Ha je voy bien qu’Achille eſt foible ſãs Uliſſe,
Que la force ne peut divertir un mal-heur,
Et qu’il faut la prudence avecque la valeur. »
Priam ſe voit ſuperbe, & tout d’un temps ſa ville
Vange Hector, tient Helene, & triomphe d’Achille.
Comme ſa paßion ſe change incontinent,
Tantoſt il eſtoit froid, il bruſle maintenant,
Il ſongeoit à Patrocle, il ſonge à Polixene,
Il regrettoit ſa mort, il ſouffre une autre peine,
Il arroſoit de pleurs ſon triſte monument,
Nous le viſmes amy, nous le voyons amant :
Une jeune ennemie eſt ſa chere maiſtreſſe,
Tu t’en plains (Briſeide) & moy je plains la Grece,
Affligeons nous tous deux privez de tout bon-heur,
Et de ſon inconſtance, & de ſon des-honneur ;
Une fille ſur luy remporte la victoire !
Il perd en un ſeul jour plus de neuf ans de gloire,
Et s’abaiſſe, vaincu par de ſimples regars,
Juſqu’à rendre à l’Amour ce qu’il a pris à Mars ?