Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/48

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TRAGEDIE.



Scène deuxieſme.

ACHILLE, BRISEIDE.



Achille.


Comment on me ſoupçonne ? On me fait cette injure ?
Et ma fidelité trouve qui la cenſure ?
Après cette aſſeurance où mon bras les a mis,
On croit que je m’entends avec nos ennemis :
Voilà ma recompenſe, & c’eſt là le ſalaire
Des belles actions qu’Ilion m’a veu faire ?
Ha que l’ingratitude eſt un vice odieux !
Mes lauriers ſont fletris devant que d’eſtre vieux,
Et la Grece oubliant ſa miſere ancienne
Taſche à perdre ma gloire, & j’ay ſauvé la ſienne ?
Tout ce qui reſte à Troye alors que l’on ſe bat,
Que le ſexe, ou que l’âge exempte du combat,
Vieillards, femmes, enfãs, vains fardeaux de la guerre,
Contre moy dans un temple invoquent le tonnerre,
Parce qu’à des ingrats mon cœur maintient ſa foy,
Et j’attire pour eux tous ces vœux contre moy.


Briseide.

C’eſt ce que le devoir m’a commandé d’écrire
Quand la timidité m’empeſchoit de le dire,