Page:Bentzon - Yette, histoire d'une jeune créole, 1880.djvu/123

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EN MER.

que le ciel l’exauçait ; sa bouche resta entr’ouverte et muette, l’extrémité de son petit nez se glaça, un violent mal de tête, accompagné d’éblouissements et de vertiges, déroba les objets à ses yeux, des nausées épouvantables se joignirent à une sueur tour à tour froide et brûlante ; il lui semblait que toutes les oscillations du navire se répétaient dans son estomac. Le mal de mer avait commencé pour Yette. N’ayant jamais navigué, elle n’en connaissait ni les symptômes ni même le nom. La da, qui l’avait déjà éprouvé à plusieurs reprises et qui commençait elle-même à le ressentir de nouveau, ne s’en effraya pas. Elle maintint dans la position horizontale sa petite malade, qui bientôt n’eut plus la force de crier ni seulement de tourner la tête, lui prépara une boisson réconfortante, la soigna jour et nuit sans songer à son propre malaise, tandis que Yette se plaignait tout bas, suppliant la da d’arrêter cet affreux mouvement d’escarpolette, reprochant à la mort, qu’elle croyait proche, de venir si douloureuse, et demandant par intervalles qu’on la jetât à la mer, ce qui faisait rire les vieux matelots habitués à ces divagations. Tout autour d’elle il y avait des malheureux atteints de la même manière. Ce supplice dura tant qu’on fut près des

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