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HISTOIRE D’UNE JEUNE CRÉOLE.

pour venir de Saint-Nazaire à Paris ; or, elle ne possédait qu’un louis, et c’était à Saint-Nazaire qu’elle voulait retourner.

« Eh bien ! pensa Yette, j’irai par le chemin de fer le plus loin possible, et ensuite je marcherai. Mon paquet ne sera pas lourd, puisque je ne peux emporter de vêtements, sauf ceux que j’ai sur le dos ; il tiendra tout entier dans un mouchoir. Je me renseignerai en route sur les chemins à suivre. Il ferait froid la nuit pour dormir en plein air, mais on me donnera l’hospitalité dans les fermes. Je rencontrerai sans doute aussi des charrettes où l’on m’offrira de monter et qui m’épargneront quelques heures par-ci par-là. Ce n’est pas si loin Saint-Nazaire, nous sommes venues dans une journée. — Yette ne calculait pas la vitesse d’un train direct à laquelle ne pouvait se comparer celle de ses jambes. — Et une fois à Saint-Nazaire, reprenait-elle, je demanderai le capitaine du Cyclone. Je ne sais pas son nom, mais tout le monde doit connaître un si gros bateau. C’est un bon homme, celui-là ! Quand il sera au courant de tout ce que j’ai souffert chez ces vilaines gens, sur le compte desquels on a trompé mes pauvres parents, il m’emmènera de grand cœur à son bord, et, bien entendu, il ne