Page:Bentzon - Yette, histoire d'une jeune créole, 1880.djvu/202

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HISTOIRE D’UNE JEUNE CRÉOLE.

bienheureuse échelle. Par cette fenêtre, Yette voyait encore autre chose, une chose qui l’inquiétait quelque peu. Dans l’après-midi, une neige épaisse s’était mise à tomber, la première neige de l’année. Yette n’en avait jamais vu, et son attention se partagea entre ce phénomène et l’échelle, de sorte qu’elle put, sans trop mentir, répondre à la sous-maîtresse qui lui demanda ce qu’elle regardait si obstinément au dehors :

«Je regarde tout ce sucre en poudre qui tombe des nuages. »

La gaieté que souleva cette idée naïve fit que Mlle Agnès ne poussa pas plus avant ses investigations. Le mauvais temps devait empêcher que la récréation se passât au jardin ; mais Yette, ayant demandé en grâce qu’on la laissât sortir pour voir de près la neige et y goûter un peu, disait-elle, obtint une permission spéciale dont, sans aucun remords, elle se promit d’abuser. — « Je vous donne cinq minutes, » avait dit Mlle Agnès.

« Dans cinq minutes, pensa Yette, le cœur bondissant d’allégresse, je serai loin !… »

Elle, si frileuse d’ordinaire, ne sentit ni le froid ni l’humidité ; le linceul blanc qui couvrait tout le jardin ne l’effraya pas, il ne lui inspira que le désir frénétique de quitter au plus vite un pays