Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 4, 1913.djvu/198

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homme ayant eu de pareilles aventures et qui vous les conte sans broncher, comme Alphonse Allais ou Schéhérazade, il n’y a qu’une chose à faire, une seule, s’attacher à jamais à cet homme et ne le quitter qu’au tombeau. Je m’étais levé et mes deux mains étaient tombées dans les siennes.

— Quand partons-nous, dis-je simplement ?

— Le plus beau moment de la Corse, c’est le printemps. Il est passé, reste l’automne.

— À l’automne donc. Mais en attendant je vous somme de me remplacer un oncle que j’ai perdu sans le connaître et que j’avais à Smyrne, l’année dernière. À bientôt donc, mon oncle Vincent Bonnaud et pour toujours.

« Septembre 1887.

« Mon cher neveu, l’automne en est venu, et avec lui ou elle, car il est des deux genres, l’heure sonne de voir et de chanter (apportez votre lyre), l’animal fabuleux et inclassé qui est l’un des trois attraits de la Corse. Les petits-fils de Némorin vous espèrent. Le prince Roland se réjouit de l’occasion que les Muses lui offrent d’escalader nos Alpes d’émeraudes et d’or en votre compagnie et il me charge de vous le dire. Vous n’avez à vous munir que de votre pipe favorite. Votre oncle éternel. — V. B. »

Et le 20 septembre, je m’embarquais pour l’île parfumée, sur La Manouia, à Marseille.