Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/109

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onomatopées qu’a toujours eu le propagateur du monologue, car, en vérité, Gustave n’avait rien du libérateur de la Suède.

Mais si Wasa, puisque Wasa il y a, s’était dirigé vers une autre destinée, Ernest, docile à la sienne, était déjà, quand je le connus, dans la classe de Regnier, au Conservatoire. Il habitait la même maison que l’aîné, rue de la Chaussée-d’Antin, et y occupait une chambre mansardée, sous les combles. Elle était meublée, si c’est l’être, d’un lit de fer, d’une malle et d’un miroir à barbe. Au mur, une photographie de la maman. À terre, dans un angle, une pile de classiques à cinq sous, et dans un autre, trois paires de bottines anglaises en rang de bataille, comme à Waterloo. Et c’était tout, à ma souvenance, mais un ordre extrême régnait dans cette soupente, car il était, lui aussi, fort méthodique et soigneux en toutes choses. Avez-vous remarqué que les comiques sont toujours parcimonieux, tandis que ces grandes bêtes de tragédiens s’encadrent ordinairement dans le fatalisme du laisser-aller ? Observez cela dans leurs loges. Aussi les comiques font-ils des fortunes de ténors. Ah ! comme on voit bien qu’ils vivent avec les poètes, ces rêveurs de tragédiens ! On dit que Talma est mort pauvre.

Je me rappelle l’admiration dont je béais à voir Ernest Coquelin plier sur les coutures et disposer dans sa malle les vêtements et le linge blanchi, marqué, compté, de son baluchon de mathurin. Et quand cette malle, armoire à la fois et divan, était refermée, il fallait la draper d’un journal pour s’y asseoir.

— Toi, lui disais-je, tu seras millionnaire et tu finiras dans la peau d’un vieux garçon !