Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/278

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boutique. Mme Glaize lui avait l’obligation de quelques autres, et elle le recevait à Rosebois par gratitude du service rendu. C’est là que je me liai plus étroitement avec l’artiste qui devait bientôt devenir mon cousin et entrer dans la famille de Théophile Gautier.

Un soir, dans l’atelier du haut, transformé en dortoir par la maman Glaize, pour sa couvée adoptive, et d’où la vue s’étendait très loin sur la campagne, Émile Pinchart, qui tardait de se mettre au lit, nous fit tout à coup sauter des nôtres.

— Regardez donc, là-bas, du côté de Paris, cette vapeur rougeâtre, à minuit, c’est inexplicable.

Et, en effet, l’atmosphère nocturne était chargée d’une sorte de brume dont la cause n’était attribuable qu’à une aurore boréale ou à un incendie.

Une aurore boréale à la fin de mai, dans la Marne, c’était peu météorologique. Pour l’incendie, on eût entendu le tocsin de La Ferté-sous-Jouarre, ou d’une commune environnante. D’ailleurs, cette nuée rougeoyante était si lointaine qu’elle semblait plutôt l’un de ces vastes feux Saint-Elme qui dansent, la nuit, sur les usines, à la crête des hautes cheminées. Et nous ne tardâmes pas à nous endormir sans plus nous inquiéter du phénomène.

Le lendemain matin, par le même train qui m’avait amené de Noisy-le-Sec, un camarade de Ferdinand, l’architecte Rozier, débarquait à Rosebois, et sans songer à l’effet que sa terrifiante nouvelle allait produire dans un tel milieu :

— Paris est en feu, nous dit-il, le Louvre brûle.

Et le vieux Glaize, tournoyant sur lui-même, tomba dans nos bras, évanoui.