Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/7

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AUX LECTEURS





L’automne venu, le philosophe ramasse les feuilles mortes de son jardin.

Sous les dents du râteau bruissant qu’il tire à reculons, il les amoncelle par petits tas mordorés aux coins des allées familières dont elles ont été la parure. Au souffle du vent, perfide complice, quelques-unes se révoltent encore et tentent de remonter à la branche où elles ombrageaient des nids d’amour, vides à jamais et, comme elles, desséchés. Les autres se résignent au sort universel des choses et des êtres. Mourir, pourrir. Elles redeviendront de la matière végétale, du terreau de choix tout au plus, dont l’humus vivifiera les jeunes arbustes de l’année prochaine que le philosophe ne verra pas fleurir peut-être.

Et voilà pourquoi, passé soixante ans, on écrit ses Souvenirs. Question d’engrais. Je ratisse mes feuilles mortes.

É. B.