Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/83

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avons eu l’honneur de représenter devant vous est de M. Georges Charpentier.

Et c’est ainsi que, le 21 juin 1870, l’acteur Laboureau, sur la scène du Théâtre-Cluny, direction Larochelle, jetait au peuple, à la gloire et, sans s’en douter, à la fortune, le nom de l’auteur de La Folie persécutrice.

Voici comment le chef-d’œuvre était né :

En rentrant chez moi, après le déjeuner aux bivalves, j’avais été assommé par le congé de Damoclès, chu de son fil, et il avait fallu transférer ailleurs pénates, meubles et reliques. Armand d’Artois connaissait, dans une villa boisée, un petit pavillon disponible qui avait abrité jadis les amours légitimes d’un concierge du château des Ternes, au temps où les Ternes avaient un château entouré d’ailleurs d’un parc séculaire. Ce pavillon appartenait à un fort notaire, Me Turquet, l’oncle même de cet Edmond Turquet qui fut ministre des Beaux-Arts. Il me le loua en riant, sans espoir de rendement et pour en retarder la ruine, car il croulait dans l’herbe haute du jardinet sur lequel s’ouvrait sa porte descellée et rongée par le lierre. C’était proprement le paradis. Sous la direction experte de Maurice Dreyfous, toujours en pantoufles, nous y portâmes mes dieux lares, en voiture à bras, et nous-mêmes, par petits voyages. Ce fut au cours de ce déménagement d’émigrants irlandais que, suivis et adoptés par un pauvre chien sans maître, ou las du sien, je m’enrichis d’un nouvel ami qui, de tous, me fut le plus fidèle. Je l’ai chanté sous son nom de Bistu dans un long poème de mille vers. Il en valait un moins long et meilleur. Toujours est-il qu’entré avec nous dans