Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/98

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En ces jours lointains, Coquelin, déjà marié et sur le point d’être père, ne suffisait point à alimenter sa caisse familiale avec les maigres douzièmes de son sociétariat. Il préludait donc aux vastes tournées dont il devait être l’Hercule, par de petites fugues excentriques, de-ci de-là, en province, comme aussi par des soirées en ville — rien de nouveau sous le soleil — dont le rendement augmentait ses ressources. L’excellent Édouard Thierry, qui, d’ailleurs, avait pour lui un faible, fermait les yeux sur ces coups de canif à l’édit de Moscou, même lorsque le comédien de l’Empereur, sûr de ne pas être entendu par Molière, mettait au service de Gustave Nadaud son art merveilleux de diseur et la musicalité de sa voix.

Coquelin chantait à ravir, et je me rappelle l’étonnement de Jane Hading, pendant les répétitions de Plus que Reine, lorsque, à ma prière, il se remettait à moduler les vieux airs, gais ou tristes de son ancien répertoire de voyage. Il n’en avait, du reste, oublié aucun, même la sérénade, demeurée pourtant inédite, que Léo Delibes avait écrite pour le petit acte en vers de 1864.

Elle avait pour titre : L’Amour et la Paresse, et pour sujet : aucun. C’était une paraphrase de la chanson du Barbier de Séville :

L’Amour et la Paresse se partagent mon cœur.
Si l’une est ma maîtresse, l’autre est mon serviteur.

et la Muse y était dérangée pour ne rien dire.

— Vous faites des rimes comme on fait des gammes, m’avait dit Coquelin, il n’y a pas l’ombre de thème dramatique dans vos trois cents vers, mais qu’à cela