Page:Berlioz - Traité d’instrumentation et d’orchestration.djvu/155

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Beethoven, ayant égard au caractère mélancolique et noble de la mélodie en La majeur de l’immortel Andante de sa 7e symphonie, et pour mieux rendre tout ce que cette phrase contient en même temps de regrets passionnés, n’a pas manqué de la confier au médium de la Clarinette. Gluck, pour la ritournelle de l’air d’Alceste : « Ah ! malgré moi mon faible cœur partage, » avait d’abord écrit une Flûte, mais s’appercevant sans doute que le timbre de cet instrument était trop faible, et manquait de la noblesse nécessaire à l’exposition d’un thème empreint d’une telle désolation et d’une si triste grandeur, il le donna à la Clarinette. Ce sont encore les Clarinettes qui chantent en même temps que la voix cet autre air d’Alceste à l’accent si douloureusement résigné : « Ah ! divinités implacables. »

En effet d’une autre nature résulte de trois notes lentes des Clarinettes en tierces dans l’air d’Œdipe : « Votre cour devint mon azile. » C’est après la conclusion du thème, Polynice, avant de continuer son chant, se tourne vers la fille de Thésée, puis ajoute en la regardant : « Je connus, j’adorai la charmante Eryphile. » Ces deux Clarinettes en tierce, descendant doucement jusqu’à l’entrée de la voix, au moment où les deux amants échangent un tendre regard, sont d’une intention dramatique excellente, et donnent un résultat musical exquis. Les deux voix instrumentales sont là un emblème d’amour et de pureté. On croit, à les entendre, voir Eryphile baisser pudiquement les paupières C’est admirable !


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  indent = 20 \mm
  \context {
    \Score
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  }
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global = {
  \key c \major
  \time 2/4
  \tempo "Andante."
}

clarinet = \relative c'' {
  \transpose bes c { \global }
  \transposition bes
  \override Rest #'style = #'classical
  <fis a>2(\p
  <e g>)(
  <d fis>4) r
  R2
  r4
  \bar "|."
}

tenorVoice = \relative c' {
  \global
  \autoBeamOff
  \override Rest #'style = #'classical
  R2
  r4 g8. g16
  c4~ c16 r c16. e32
  e16[( d]) d d d8 e16. c32
  c8 b
  \bar "|."
}

verse = \lyricmode {
  Je con -- nus j’a -- do -- rai la char -- mante E -- ry -- phi -- le
}

clarinetPart = \new Staff \with {
  instrumentName = \markup {\center-column{ CLARINETTE \line {En SI\flat} } }
  midiInstrument = "clarinet"
} \clarinet

tenorVoicePart = \new Staff \with {
  instrumentName = "POLYNICE"
  midiInstrument = "choir aahs"
} { \clef tenor \tenorVoice }
\addlyrics { \verse }

\score {
  \new GrandStaff \with {
    \remove Span_bar_engraver
  } <<
    \clarinetPart
    \tenorVoicePart
  >>
  \layout { }
  \midi {
    \tempo 4=80
  }
}

Mettez deux Hautbois à la place des deux Clarinettes, et l’effet sera détruit.

Ce délicieux effet d’orchestre manque cependant dans la partition gravée du chef d’œuvre de Sacchini, mais je l’ai trop souvent remarqué à la représentation, pour n’être pas certain de ma mémoire.

Ni Sacchini, ni Gluck, ni aucun des grands maîtres de cette époque ne tirèrent parti des notes graves de l’instrument. Je n’en devine pas la raison. Mozart parait être le premier qui les ait utilisées, pour des accompagnements d’un caractère sombre tels que celui du trio des masques, dans Don Juan. C’était à Weber qu’il était réservé de découvrir tout ce que le timbre de ces sons graves a d’effrayant quand on s’en sert à soutenir des harmonies sinistres. Il vaut mieux en pareil cas, les écrire à deux parties que de mettre les Clarinettes à l’unisson ou à l’octave. Plus les notes harmoniques sont alors nombreuses, plus l’effet est saillant. Si l’on avait trois Clarinettes à sa disposition pour l’accord : Ut dièze. Mi, Si bémol, par exemple, cette septième diminuée bien motivée, bien amenée et instrumentée de la sorte, aurait une physionomie terrible qu’on assombrirait encore en ajoutant un contre Sol grave donné par une Clarinette-Basse.

EXEMPLE.

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  indent = 22 \mm
  \context {
    \Score
    \remove "Bar_number_engraver"
  }
}

global = {
  \key f \major
  \time 4/4
}

clarinetI = \relative c' {
  \global
  R1
  bes\f\>(
  a4)\! a2 a4
  a1\fermata\espressivo
  \bar "||"
}

clarinetII = \relative c {
  \global
  R1
  e1\f\>(
  f4)\! f2 f4
  f1\fermata\espressivo
  \bar "||"
}

aClarinet = \relative c {
  \transpose a c {\global}
  \transposition a
  f1(\p\<
  e)\f(
  f4) f2 f4
  f1\fermata\espressivo
  \bar "||"
}

clarinetIII = \relative c' {
  \transpose bes c {\global}
  \transposition bes
  R1
  a\f\>(
  e4\!) e2 e4
  e1\fermata\espressivo
  \bar "||"
}

clarinetIPart = \new Staff \with {
  instrumentName = \markup {\center-column{ CLARINETTE \line {En UT.} } }
  midiInstrument = "clarinet"
} \clarinetI

clarinetIIPart = \new Staff \with {
  instrumentName = \markup {\center-column{ CLARINETTE \line {En UT.} } }
  midiInstrument = "clarinet"
} \clarinetII

aClarinetPart = \new Staff \with {
  instrumentName = \markup {\center-column{ CLARINETTE \line {En A \italic La.} } }
  midiInstrument = "clarinet"
} \aClarinet

clarinetIIIPart = \new Staff \with {
  instrumentName = \markup {\center-column{ CLARINETTE \line {Basse en SI\flat} } }
  midiInstrument = "clarinet"
} \clarinetIII

\score {
  \new GrandStaff <<
    \clarinetIPart
    \clarinetIIPart
    \aClarinetPart
    \clarinetIIIPart
  >>
  \layout { }
  \midi {
    \tempo 4=100
  }
}