Page:Berlioz - Traité d’instrumentation et d’orchestration.djvu/32

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Les sourdines sont de petites machines en bois qu’on place sur le chevalet des instruments à cordes pour affaiblir leur sonorité, et qui leur donnent en même temps un accent triste, mystérieux et doux, dont l’application est fréquemment heureuse dans tous les genres de musique. On se sert en général des sourdines pour les morceaux lents principalement ; elles ne font pas moins bien toutefois, quand le sujet du morceau l’indique, pour les dessins rapides et légers, ou pour des accompagnements d’un rhythme précipité. Gluck l'a bien prouvé dans son sublime monologue de l’Alceste Italienne Chi mi parla.

L’usage est, quand on les emploie, de les faire prendre par toute la masse des instruments à cordes ; il est pourtant certaines circonstances, plus fréquentes qu’on ne croit, où les sourdines mises à une seule partie (aux premiers Violons par exemple,) coloreront l’Instrumentation d’une façon particulière, par le mélange des sons clairs et des sons voilés. Il en est d’autres aussi où le caractère de la mélodie est assez dissemblable de celui des accompagnements pour qu’on doive en tenir compte dans l’emploi de la sourdine.

Le compositeur en introduisant l’usage des sourdines au milieu d’un morceau (ce qu’il indique par ces mots : Con sordini) ne doit pas oublier de donner aux éxécutans le temps de les prendre et de les placer ; il aura soin en conséquence de ménager dans les parties de violon un silence équivalant à peu près à la durée de deux mesures à quatre temps, (moderato)

Un silence aussi long n’est pas nécessaire quand les mots senza sordini indiquent qu’il faut les enlever, ce mouvement pouvant s’opérer en beaucoup moins de temps. Le passage subit des sons ainsi affaiblis d’une masse de Violons aux sons clairs, naturels, (sans sourdines) est quelquefois d’un effet prodigieux.

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