Page:Bernanos - Journal d’un curé de campagne.djvu/14

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des apparences et si l’on reste fidèle à un certain vocabulaire, d’ailleurs immuable, les thèmes de l’éloquence officielle ne sont pas les mêmes, nos aînés ne les reconnaissent plus. Jadis, par exemple, une tradition séculaire voulait qu’un discours épiscopal ne s’achevât jamais sans une prudente allusion — convaincue, certes, mais prudente — à la persécution prochaine et au sang des martyrs. Ces prédictions se font beaucoup plus rares aujourd’hui. Probablement parce que la réalisation en paraît moins incertaine.

Hélas ! il y a un mot qui commence à courir les presbytères, un de ces affreux mots dits « de poilu » qui, je ne sais comment ni pourquoi, ont paru drôles à nos aînés, mais que les garçons de mon âge trouvent si laids, si tristes. (C’est d’ailleurs étonnant ce que l’argot des tranchées a pu réussir à exprimer d’idées sordides en images lugubres, mais est-ce vraiment l’argot des tranchées ?…) On répète donc volontiers qu’il ne « faut pas chercher à comprendre ». Mon Dieu ! mais nous sommes cependant là pour ça ! J’entends bien qu’il y a les supérieurs. Seulement, les supérieurs, qui les informe ? Nous. Alors quand on nous vante l’obéissance et la simplicité des moines, j’ai beau faire, l’argument ne me touche pas beaucoup…

Nous sommes tous capables d’éplucher des pommes de terre ou de soigner les porcs pourvu qu’un maître des novices nous en donne l’ordre. Mais une paroisse, ça n’est pas si facile à régaler d’actes de vertu qu’une