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D’UN CURÉ DE CAMPAGNE

Oh ! bien entendu, au cours des dernières semaines, des derniers mois que Dieu me laissera, aussi longtemps que je pourrai garder la charge d’une paroisse, j’essaierai, comme jadis, d’agir avec prudence. Mais enfin j’aurai moins souci de l’avenir, je travaillerai pour le présent. Cette sorte de travail me semble à ma mesure, selon mes capacités. Car je n’ai de réussite qu’aux petites choses, et si souvent éprouvé par l’inquiétude, je dois reconnaître que je triomphe dans les petites joies.

Il en aura été de cette journée capitale ainsi que des autres : elle ne s’est pas achevée dans la crainte, mais celle qui commence ne s’ouvrira pas dans la gloire. Je ne tourne pas le dos à la mort, je ne l’affronte pas non plus, comme saurait le faire sûrement M. Olivier. J’ai essayé de lever sur elle le regard le plus humble que j’ai pu, et il n’était pas sans un secret espoir de la désarmer, de l’attendrir. Si la comparaison ne me semblait pas si sotte, je dirais que je l’ai regardée comme j’avais regardé Sulpice Mitonnet, ou Mlle Chantal… Hélas ! il y faudrait l’ignorance et la simplicité des petits enfants.

Avant d’être fixé sur mon sort, la crainte m’est venue plus d’une fois de ne pas savoir mourir, le moment venu, car il est certain que je suis horriblement impressionnable. Je me rappelle un mot du cher vieux docteur Delbende rapporté, je crois, dans ce journal. Les agonies de moines ou de religieuses ne